À propos

Le livre d’artiste (discipline artistique) n’était pas enseigné à l’école lorsque j’étais étudiante. Je l’ai découvert lorsque je suis allée voir une exposition du groupe Fluxus au LAM (Villeneuve d’Ascq-F) et je suis restée coi devant les livres de Robert Filliou. Comment ! Ces livres qui ressemblent à des livres n’en sont pas !? J’ai alors proposé pour mon DNAP un livre d’artiste, diplôme que j’ai obtenu avec les félicitations du jury.
Le livre d’artiste avec si peu de passé nous laisse une très grande liberté créatrice. De plus, nous maîtrisons l’espace de ce que nous créons par la forme, les dimensions du livre et des pages. Il peut être emmené partout, l’espace maîtrisé reste le même et donc ce que l’on a pensé reste égal qu’il soit dans une grande ou petite pièce, à l’intérieur ou à l’extérieur. Selon la dimension qu’on lui donne, on peut proposer un tête-à-tête intime avec le lecteur ou bien une interaction avec plusieurs lecteurs.
Mon support de prédilection est le papier que j’ai appris à domestiquer au cours de mes multiples expériences plastiques. Du rapport traditionnel comme support que l’on recouvre d’une surface pigmentée, je suis passée à une approche plus radicale en travaillant le matériau dans sa masse. J’appréhende donc la feuille de papier comme une masse dans laquelle je viens inscrire le propos à la manière d’un sculpteur qui taille dans la matière pour y dégager un volume.
J’aime que le fond et la forme fassent sens. La thématique qui guide les formes de mon travail peut être résumée dans le concept d’identité. Elle n’est pas perçue de façon méthodique et administrative comme peuvent l’être les pièces ‘d’identité’ qui font de l’idée d’identité une notion figée, mais comme l’ensemble des expériences qui modèlent un sujet et rend ce concept si vivant et complexe : Que nous a-t-on transmis et que transmettons-nous ? Quelles sont nos natures multiples ? Quels sont les processus qui nous ont façonnés ?
Il y a eu un tournant dans mon travail lorsque j’ai commencé à introduire le son avec le livre ‘Morphoses’. Je n’illustre pas le poème de Jacques Roubaud, ‘les vers à soie’, il devient ma matière pour créer. Les papiers et la reliure sont faits main, le texte et le dessin brodés à la main au fil de soie. La couverture est en écorce de mûrier. Les choix typographiques sont en adéquation avec le texte. Pour le passage où les vers mastiquent les feuilles de mûrier, j’ai choisi un type de papier qui, lorsque nous le manipulons, émet un son proche de la mastication.
Le virage est pris.
Depuis 2017, je continue le travail sur la sonorité discernée lors de la manipulation du livre. La page d’un livre que l’on tourne émet un son qui peut être modulé par le choix du papier… jusqu’à faire disparaître ce son. Cela m’amène à vouloir travailler sur le concept du silence dans le livre d’artiste.
Le livre d’artiste me permet de parler aux sens : la vue, le toucher et maintenant l’ouïe. Il me permet de faire ressentir et de faire vivre un propos.

Tout en gardant une pratique artistique, j’ai monté ma propre maison édition de livres d’artiste, Obriart éditions. Obriart est un mot valise avec Obrir et Art signifiant : s’ouvrir à l’art ou encore donner accès à l’art. Je voulais à la fois rendre visible et accessible (grâce à des procédés d’impression mécaniques, donc moins onéreux) cette discipline artistique au grand public. Je voulais également montrer la pluralité artistique existante, celle qui est moins visible mais qui n’en est pas moins qualitative.
Editer c’est aussi pour moi une participation à la bibliodiversité, une forme d’engagement politique par le faire. Selon moi, l’uniformisation de proposition culturelle, ne nous permettra pas d’accepter la pluralité sociétale. Plus on maintiendra une diversité culturelle, plus on permettra aux personnes d’être ce qu’elles sont parmi d’autres personnes différentes d’elles, tout en s’acceptant et en acceptant l’autre dans sa différence.

‘Faire que ce qui était fermé ne le soit plus’
Le livre est un lieu de rencontres, un monde où l’on échange. On entre dans ce monde, on le referme et on l’ouvre à nouveau autant de fois que l’on veut. On peut le transporter et l’échanger avec d’autres. C’est un espace de paroles, de rencontres parfois improbables. Le livre laisse une trace de cet échange dans le temps. S’ouvrir à la différence, qu’elle soit artistique, culturelle, d’opinions (ou autre) ; car les différences ne s’opposent pas, mais plutôt se complètent. La différence est une richesse.


Artiste du livre et éditrice, je vous propose également du Sur-mesure

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